Malgré ce que j’ai pu lire au fil des commentaires, mon Québec, même si j’ai voulu le bouder durant un temps, je l’aime. Je l’ai toujours aimé. Mais je me suis posé tôt quelques questions. Comme je l’ai dit précédemment, j’ai baigné très tôt dans un milieu multiculturel, élevée en partie par une religieuse philippine, entourée d’enfants de tous horizons. Roumains, portugais, saoudiens, libanais, haïtiens, italiens, vietnamiens et j’en passe. Très tôt aussi j’ai été mise en contact avec d’autres langues, comme l’anglais, l’italien, le tagalog, l’espagnol. Les langues, quelle belle porte d’entrée à la communication et aux autres cultures. J’ai toujours aimé entendre ces langues et ces magnifiques accents qui donnent au français la douceur d’une chanson. J’ai toujours vu le Québec comme une mosaïque présentant les plus belles richesses du monde rassemblées dans une société ouverte et pacifique. Mon Québec, je le vois comme une poésie. Une terre où on aime rire et chanter, où l’entraide est un élan naturel. Un endroit où les familles sont tissées serré, où l’on a le soucis de l’autre. Je vois le peuple québécois comme un peuple généreux et accueillant. Du moins en grande partie.

 

Je me souviens, l’été de mes quinze ans, l’année où le film Elvis Gratton 2 est sorti, j’ai fait la connaissance d’un jeune homme que j’avais surnommé Frankenstein. J’ai oublié son prénom depuis le temps mais le personnage lui est difficile à oublier. Il était un grand passionné du Québec et de sa cause. Un indépendantiste assumé et je dirais même un peu trop. Avec lui j’ai beaucoup appris de l’histoire de notre peuple mais il y avait cette espèce d’amertume qui sur le coup je n’arrivais pas à cerner. Dans les grandes lignes, j’étais totalement d’accord avec lui. Notre peuple avait droit à des excuses et la reconnaissance. Par contre ça allait un peu trop loin pour moi. Vous savez ce fameux drapeau des patriotes que l’on voit parfois apparaître dans les manifestations ? Il le traînait pratiquement partout où il allait. Je nous revois encore, devant le cinéma Quartier Latin, lui, arborant ses cheveux bleu électrique, une copine à moi et moi-même, accompagnés de ce gigantesque drapeau. Il faut savoir que Frankenstein mesurait 6 pieds et 7 pouces. C’était un géant. Et la pôle qui tenait son drapeau était aussi haute que lui. De la pure provocation pour attirer l’attention. Nous allions justement voir la suite d’Elvis Gratton et je n’oublierai jamais ce moment quand, constatant que le film débutait plus tard que nous pensions, mes amis m’ont dit que je devrais aviser ma mère et une voix a surgit, derrière nous, disant oui, il faut l’appeler. Quelle surprise de trouver Julie Snyder. (J’ouvre une parenthèse ici car je me dis qu’un trio comme le nôtre a dû être difficile à oublier et j’y repense souvent depuis que Mme Snyder a été l’initiatrice du mouvement des Janettes qui nous ont causé beaucoup de tort, surtout leurs adeptes sur les réseaux sociaux, je crois que jamais elle ne pourrait imaginer que derrière ce voile se trouve cette jeune fille qu’elle a croisé un soir.) Bref, Frankenstein savait attirer l’attention et je crois qu’il aimait cela. Il me parlait régulièrement de la Société Saint-Jean-Baptiste, qu’il trouvait trop molle et il cherchait à obtenir un permis de port d’arme pour pouvoir entrer dans la milice québécoise. Avant, je n’avais jamais entendu parler de tel groupe. Je me rappelle une fois où il m’a donné rendez-vous au métro Plamondon. Pour ceux qui l’ignorent, cette partie de la ville est très multiethnique. Il m’avait à peine saluée qu’il m’a dit: « Sens comme ça pue ici! », en faisant référence aux odeurs d’épices qui quant à moi sentaient délicieusement bon.

 

Je n’avais aucune idée de ce que nous allions faire cette journée-là dans cette partie de la ville mais je l’ai vite découvert. Armé d’un stylo et d’un calepin, Frankenstein observait les locaux commerciaux, prenant en note les adresses des commerces ne respectant pas la loi 101 portant sur l’affichage en français. S’il s’était arrêté là, j’aurais compris. Après tout les lois sont faites pour être respectées et notre langue, noyée dans un océan d’anglais doit être préservée. Par contre je n’étais pas d’accord avec la suite, qui était d’entrer dans les commerces pour dénigrer les propriétaires, les ridiculiser et les provoquer. Je n’oublierai jamais ce club vidéo duquel nous avons été expulsés menacés par une batte de base-ball.

 

C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que si le nationalisme impliquait le rejet de l’autre, impliquait d’humilier l’autre, de nous montrer « supérieurs », alors de ce nationalisme, je n’en voulais pas. Et je suis allée plus loin dans ma réflexion. Oui, je suis d’accord le Québec est un lieu unique. De par sa langue, sa culture, son peuple qui détonnent du reste de la population canadienne. Il a droit selon moi à un statut unique. Mais pourquoi, en 2017 on ne déciderait pas tout simplement de changer notre slogan de je me souviens à je n’oublie pas mais avançons main dans la main ?

 

Mon Québec que j’aime, je le vois comme une terre où chaque individu a le droit d’être en accord avec sa conscience profonde. Que cela concerne les opinions politiques, l’identité ou l’orientation sexuelle, la religion et l’origine ethnique, nous sommes tous égaux et avons droit aux mêmes égards, aux mêmes droits, au même respect, à la même dignité.

 

Paix.

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Rédigé par Warda Naili

Québécoise et musulmane, je vous invite dans mon monde.

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