L’aide médicale à mourir. Un sujet loin de ceux que je traite habituellement. Mais je me devais de vous en parler.

J’ai connu une personne. Vous savez, ces amis qui entrent dans votre vie pour rapidement devenir un membre de la famille? Ce genre de lien fort qui fait qu’une amitié peut durer trois décennies. Elle s’appelait Ginette. Une belle âme, un grand cœur et la femme la plus ricaneuse qu’il puisse vous être donné de rencontrer. Ginette souffrait de la maladie de Crohn. Des années de souffrance qui ont abouti sur un cancer colorectal. Puis un autre, à la vessie, décelé trop tard cette fois et hypothéquant  grandement sa qualité de vie. Ginette entrait dans les critères lui donnant accès à l’aide médicale à mourir, qu’elle a rapidement demandée, refusant catégoriquement de continuer à vivre dans la souffrance, ne se sentant plus ni femme ni entière, surtout après sa stomie. Elle ne l’a pas eu facile, pauvre Gigi. Elle s’est éteinte un matin de juillet 2016, sur son lit d’hôpital, entourée d’amis proches. Dans la paix.

C’était la première fois que son médecin accomplissait cet acte. Aujourd’hui encore. je me demande comment il se sentait, dans ses souliers, une fois rentré chez lui après avoir mis fin à la vie d’une personne. Ça le faisait chier, ça il l’a déjà dit. Mais au-delà de cela, je me demande quel impact cette expérience a pu avoir sur lui. Si j’essaie de me mettre à sa place, en moi s’impose un fort sentiment. En fait un ultime sentiment, si cette expression existait. Le sentiment d’avoir commis l’irréparable car avec la mort, aucun retour en arrière n’est possible. Je me demande jusqu’à quel point cela a eu un impact dans sa vie. Est-ce qu’il y pense encore aujourd’hui? Est-ce qu’il regrette? Est-ce que ça le hante? Ou en est-il arrivé à se sentir en paix avec son geste? On aura beau le dire de la manière la plus délicate possible, même si c’était dans un cadre légal, il a tout de même tué quelqu’un.  Une chose est certaine, des témoignages que j’ai entendus le concernant, cet homme ne prenait pas la chose à la légère, il n’a pas agit sans réfléchir, il n’a pas agit sans empathie.

Personnellement, je suis contre l’aide médicale à mourir. Ça reste une forme de suicide et je considère que personne ne peut s’attaquer à ce qui est sacré, comme la vie, justement. Je ne dis pas que j’aime la souffrance. Vivant déjà avec des douleurs chroniques depuis près d’une vingtaine d’années, je connais la souffrance et je ne la souhaite à personne. Mais j’ai appris à la voir autrement. Ma foi m’a beaucoup aidée en ce sens. Mais moi je suis contre cela, je ne peux imposer mon opinion à autrui et dire non tu vas vivre et souffrir parce que c’est contre ma religion. J’ai appris à vivre et laisser vivre… et mourir.

Si je vous en parle aujourd’hui c’est qu’hier j’ai eu une conversation avec une amie qui me parlait des ennuis de santé d’une membre de sa famille. Quand elle m’a décrit la situation, je me suis tout de suite revue il y a quelques années quand j’ai tout laissé tomber dans ma vie pour devenir aidante naturelle auprès de ma tante qui commençait à souffrir de démence et qui avait une maladie respiratoire obstructive. Sa vie n’était plus faite que d’allers-retours à l’hôpital et à chaque fois, on la perdait un peu plus. Son état demandait beaucoup de soins, de patience et d’amour et j’ai tout fait pour les lui donner, malgré l’ampleur de la tâche et mon manque de formation. J’ai passé un an à m’occuper d’elle du mieux que je pouvais jusqu’à ce qu’elle ne soit plus un cas de maison et doive être placée dans un lieu mieux adapté à ses besoins. Elle y a vécu un peu plus de trois ans. Trois années à la perdre de plus en plus mais il y avait toujours des moments de lucidité qui lui venaient. On la retrouvait le temps d’un appel téléphonique ou d’une visite. On l’aimait tant. Ces moments sont précieux on et les chérit encore précieusement, même si le contexte est difficile. Ma tante avait demandé l’aide médicale à mourir. Mais elle ne s’est pas rendue jusque là, elle est décédée de manière naturelle, à mon grand soulagement.

Or il se trouve que la membre de la famille de mon amie commence à vivre exactement la même chose que ma tante et j’ai appris que non pas un mais DEUX médecins ont proposé l’aide médicale à mourir à cette dame. En lui expliquant que sa vie ne serait faite que de cela dorénavant, les allers-retours à l’hôpital… Au début de la maladie. À leur initiative. Corrigez-moi si je me trompe, mais le sujet de l’aide médicale à mourir ne devrait-il pas être mis sur la table par le patient lui-même? Sommes-nous vraiment rendus là, dans une société où on peut offrir la mort comme on offre un «peppermint»? La mort est-elle maintenant une option à la carte?

Ce que mon amie m’a dit m’a fait sursauter et vingt-quatre heures après notre discussion je n’en reviens toujours pas. Et ce n’est pas tant parce que je suis contre cette mesure que je refuse d’accepter qu’on puisse banaliser une telle chose. Quel message cela envoie? Vous commencez à coûter cher à l’état à cause de toutes vos hospitalisations et tant qu’à perdre la tête autant y mettre fin maintenant? Et si elle et ses proches voulaient en profiter encore un peu, il est où le mal de vouloir vivre?

Paix.

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Rédigé par Warda Naili

Québécoise et musulmane, je vous invite dans mon monde.

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