J’étais là, à écouter la tribune téléphonique diffusée à la radio quand j’ai entendu une dame parler d’une femme qui a donné une entrevue sur son expérience après s’être mariée avec un soi-disant imam en Tanzanie et qui a été battue et vidée de ses économies. J’ai vu cette entrevue, qui a réveillé des souvenirs.Et ça m’a donné envie de vous parler.

Je l’ai mentionné dans un de mes textes précédents, j’ai connu la violence conjugale au cours d’un précédent mariage. J’étais loin de chez moi, loin des miens, dans un autre monde. Un long cauchemar.

Y repenser m’a fait réfléchir à tout ce que nous les femmes sommes prêtes à supporter en échange d’un peu d’amour. Ou plutôt de ce que l’on croit l’être. Sans raconter ce qui est trop intime, je peux dire que je suis cette personne qui toute sa vie a cherché à se faire aimer. L’intimidation, les violences physiques et psychologiques m’ont accompagnée tout au long de « mes premières vies ». Je dis mes premières vies car je m’amuse à dire que je suis comme un chat qui a neuf vies, avec toutes les expériences que j’ai accumulées au fil du temps.

Au cours de ces premières vies, j’étais tellement préoccupée à trouver quelqu’un quelque part qui puisse m’aimer que je me négligeais totalement. Combien de fois ma mère et mes vrais amis m’ont-ils implorée d’apprendre à m’aimer et à vivre pour moi et non pas pour les autres? Trop de fois. Et tout au fond de moi je savais qu’ils avaient raison mais je m’en sentais incapable.

Il m’a fallu trente années de souffrance, à foncer dans le mur encore et encore, à laisser les gens me traiter comme ils le voulaient, à toujours recommencer le même schème qui menait toujours aux mêmes déceptions, aux mêmes souffrances mais qui semblaient pires de fois en fois pour finir par me retrouver battue et séquestrée à l’autre bout du monde, loin des miens, il m’a fallu survivre à ça et devoir recommencer ma vie une ixième fois pour comprendre que je valais mieux que ça.

Personnellement, ce moment de mon retour au pays après avoir fui un mariage d’enfer a été une période charnière pour moi. Moi qui revenais de loin, avec ce sentiment d’être seule au monde, je comprenais beaucoup de choses, entre autre que la place qu’on a dans la vie c’est la place qu’on prend. Et moi qui avant m’excusais d’exister, je me découvrais, dans mon initiative de communication avec la population pour contrer le projet de « charte des valeurs » du parti québécois, une toute nouvelle confiance en moi. Moi qui souhaitais disparaître quand je me retrouvais face à plus de deux personnes car me sentant de trop, j’ai réussi à parler à des foules. J’étais tellement déterminée à ce que cette charte ne soit jamais acceptée que je me sentais la force d’affronter n’importe quoi. Il se passait quelque chose d’important en moi mais je ne m’en suis pas rendu compte à cette époque. Ce n’est que maintenant que je comprends.

J’ai choisi de donner une autre chance à la vie. Après deux mariages qui ont échoué, j’ai dit oui à nouveau. Malgré tout ce que j’avais pu vivre avant en tant que mauvaises expériences, malgré ces énormes améliorations concernant ma confiance en moi, je ressentais toujours ce besoin intrinsèque d’avoir quelqu’un dans ma vie, quelqu’un pour qui exister. Cette fois-ci, côté amour, relation, mariage, c’est la bonne, merci mon Dieu. Cela va bientôt faire quatre ans que nous sommes mariés et nous sommes heureux ensemble, aujourd’hui.

Peut-être parce que tout ce que j’ai vécu a toujours tourné en cauchemar dans le passé, mais ça m’a pris beaucoup de temps, presque trois ans avant de réussir à faire accepter à mon cerveau que mon mari m’aimait profondément et sincèrement. C’est comme si je n’ai pas pu profiter de nos premières années de mariage car j’attendais la tuile qui allait finir par me tomber sur la tête. J’avais ce mari que j’ai cherché toute ma vie mais je vivais dans la constante crainte de le perdre. À la seconde où il mettait ne serait-ce que la pointe d’un orteil hors de chez nous, je me mettais à paniquer. Je ne vivais que pour le moment où il rentrerait de nouveau à la maison.

C’est à force d’en discuter avec lui que j’ai fini par vraiment comprendre ce conseil qu’on m’avait tant de fois servi: tu dois apprendre à vivre pour toi. Je pensais sincèrement que le mariage me rendrait entière, me donnerait ce sentiment d’accomplissement, de fierté de moi. Oh, je suis heureuse dans mon mariage, j’aime et je suis aimée en retour et je ne pourrais imaginer ma vie sans mon mari mais j’ai vraiment compris ce que ça veut dire que de vivre pour soi. J’ai compris que je passais mon temps à attendre mon mari au lieu de simplement vivre ma vie auprès de lui. Je ne m’étais pas encore choisie. Et je comprends que si je m’étais choisie moi avant, peut-être que mon cauchemar aurait duré moins longtemps et qu’ensuite j’aurais mieux profité de notre nouvelle vie commune, à mon mari et moi. Je ne peux pas défaire le passé. Ni le nier. Il existe bel et bien dans ma mémoire et dans ma chair. Mais je peux l’utiliser par exemple, pour dire PLUS JAMAIS.

À toutes les femmes qui n’ont pas encore eu le courage de se choisir, croyez-moi, si vous osez prendre cette décision, le seul regret que vous aurez sera celui de ne pas vous être choisie avant. Le vrai amour ne torture pas l’âme. N’est pas compliqué. Une personne qui vous aime, c’est une personne qui vous respecte et qui voudra votre bien, votre épanouissement. C’est une personne qui vous fera confiance et qui encouragera votre propre confiance en vous-même. Une personne qui vous aime croit en vous et fait le nécessaire pour vous le démontrer. L’amour ne frappe pas. L’amour ne ment pas. L’amour ne trahit pas. Quand un homme vous aime, vous êtes sa femme et non pas sa chose. Et si j’ai un autre conseil à vous donner, à part celui de vous choisir vous-même, c’est de prendre un temps pour vous. Explorez votre personnalité, évaluez vos forces et vos faiblesses et demandez-vous ce que vous attendez exactement de cette vie pour votre accomplissement personnel. Parce que vous êtes des femmes, des êtres humains qui méritez dignité et respect. Vous n’êtes pas des carpettes. Alors compris? PLUS JAMAIS. Rendez-vous service et existez pour vous-mêmes. Vous en rayonnerez tellement que vous en serez transformées.

Si vous connaissez une femme qui vit de la violence conjugale (physique ou psychologique) ou si vous la vivez vous-même, n’attendez pas. Il existe des ressources pour vous aider à vous sortir de cette situation.

Paix.

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Rédigé par Warda Naili

Québécoise et musulmane, je vous invite dans mon monde.

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