Ça risque d’être long, installez-vous confortablement, j’ai quelque chose à vous raconter.

Au départ de cette histoire, je cherchais des informations pour faire un simple statut pour ma page Facebook, animée par la colère après que l’on m’ait envoyé un lien qui dirigeait vers une vidéo qui a été diffusée en direct sur Facebook le 25 mai en fin de soirée. Mais le tout s’est vite transformé. Je vous raconte.

La fameuse vidéo que j’ai reçue, d’une durée de quatre heures, nous montre un homme dans son salon, qui discute avec des internautes et ajoute de temps à autres un invité par caméra. La discussion tourne beaucoup autour de l’immigration irrégulière, «je suis pas raciste mais», les manifestations de tout ce beau monde dit de la «droite-identitaire» ou encore «extrême-droite» (même s’ils refusent cette appellation). Vers 1 heure 40 minutes environ, arrive une nouvelle invitée, madame Kathleen. Avant même d’entendre ce qu’elle avait à dire, j’ai appuyé sur pause. J’avais un mauvais pressentiment.

Voyez-vous, cette Kathleen est entrée en contact avec moi il y a trois ans. Je n’ai pas eu la vitesse d’esprit de prendre des captures d’écran de nos brefs échanges à l’époque car je l’avais rapidement bloquée et depuis j’ai changé de compte Facebook, je n’ai donc pas la possibilité d’aller récupérer notre conversation. Mais je vous raconte. Ainsi vous vivrez cette histoire avec la même chronologie que moi.

Quand elle s’est présentée à moi, sur Facebook, Kathleen m’a dit être mariée avec un tunisien dont elle attendait la venue au Québec. Elle m’a dit s’être convertie à l’islam, penser que le niqab (voile intégral) est le vrai voile et qu’elle désirait le porter. Ce à quoi je lui avais répondu, mal à l’aise, que oui le voile intégral est authentique mais le voile qui montre le visage et les mains est permis aussi et qu’un ne vaut pas plus que l’autre, rendu là, c’est une question de convictions personnelles. Et elle a surenchérit en me disant qu’elle souhaitait que le Québec devienne un pays musulman. Je vous le jure, et des amies peuvent en témoigner, c’était tellement gros ce qu’elle me disait, j’ai tout de suite pensé que cette femme croyait que je suis une extrémiste et qu’elle désirait me faire parler pour prouver ses soupçons. Elle était tellement intense dans ses messages, vous savez, quand une personne paraît trop enthousiaste… Elle a provoqué un grand malaise chez moi car moi, mon Québec, je l’aime comme il est, dans sa diversité et la seule chose que je désire voir changer dans mon chez moi, c’est l’atmosphère, cette lourdeur qui s’est installée de plus en plus depuis le début de toute cette histoire de la crise identitaire. Revenons à notre histoire.

Je l’ai donc bloquée. Un an plus tard, grâce au harcèlement que je subis régulièrement par des gens incapables d’accepter que je ne pense pas comme eux, j’ai dû (et c’était pas la première fois) changer de compte Facebook. Sitôt le compte créé ou presque, Kathleen me recontactait pour savoir pourquoi je l’avais bloquée. Je ne me souviens plus si je lui ai répondu, si je l’ai fait c’était pour lui dire qu’elle m’avait mise mal à l’aise et je l’ai bloquée à nouveau (au moment d’écrire je l’ai débloquée pour tenter d’accéder à l’historique Messenger mais ça n’a pas fonctionné).

Deux ans et des poussières passent, nous sommes maintenant dans le présent. Une fois donc, que j’ai réalisé que c’était Kathleen que je voyais à l’écran, j’ai appuyé sur pause et je me suis jetée sur mon mur Facebook pour créer une publication restreinte où je demande à des amies et femmes de ma communauté si elles connaissaient cette femme et de me répondre en privé. Parce que entendons nous, avec ce qu’elle m’a dit, quand on sait à qui elle s’adresse dans cette vidéo, je ne pouvais qu’imaginer une chose: une espionne. (Je sais, je regarde trop de séries.) Or il se trouve que deux amies ont répondu à mon appel pratiquement instantanément. Je savais que l’une d’elles, A, la connaissait car je lui avais raconté, trois ans plus tôt, les propos de Kathleen qui m’avait réellement dérangée. L’autre par contre, E, j’ignorais qu’elles se connaissaient. Voici ce qu’elle m’a dit.

Suite à mon échange avec E, A étant partie dormir sans développer sur sa relation avec Kathleen, je me suis installée et j’ai repris la lecture de la vidéo, calepin et stylo en mains.

Kathleen apparaît, jolie femme dont les traits ne trahissent pas l’âge. Voix chaleureuse, bien articulée, elle se présente en tant que femme qui a vécu dans le monde musulman pendant deux ans. Lors d’une assez longue diatribe, elle nous parle de son ex-époux d’origine tunisienne. Elle a, entre autre, fait mention que selon elle, il y a de bons et de mauvais musulmans (je me demande comment elle peut prétendre pouvoir juger de cela), disant qu’elle prône le juste milieu. (C’est fou, on dit souvent entre croyants justement que l’islam c’est la religion du juste milieu mais passons car cet article risque d’être très long, ne désirant pas consacrer une série à cette histoire qui pourtant croyez-moi est plus qu’intéressante.) Parlant de son mari, elle dit qu’il voulait qu’elle se voile, que pour aller à des funérailles elle devait être accompagnée de son père ou de son frère mais qu’elle ne pouvait y aller seule, donc idem pour sortir et elle ne pouvait pas sortir avec ses amies à cause de la possible présence d’hommes. Elle a ensuite dit qu’elle avait quitté son mari parce qu’il avait battu sa soeur (à lui).

Ce serait long et lourd de citer tout ce qu’elle a dit car elle a parlé longtemps mais plus elle parlait, et plus elle sortait de son expérience personnelle. Parlant de femmes musulmanes soumises qui servent leurs maris du matin au soir, dans la soumission alors qu’eux, selon ses dires, se lancent sur elle à la sortie des mosquées. Elle répète un peu après que beaucoup de ces femmes soumises sont cocues. Et elle a parlé ensuite de femmes québécoises mariées avec des algériens, de violence conjugale en nommant des exemples. Mais très vite ses exemples se sont concentrés sur une personne en particulier. Elle ne la nommera pas mais j’ai rapidement compris de qui elle parlait. Et j’ai eu un violent haut-le-cœur qui m’a fait appuyer sur pause à nouveau.

Il n’y a pas de mot assez puissant pour décrire la colère qui m’a habitée quand j’ai compris qu’elle parlait d’une très bonne amie à moi qui oui, a vécu des choses difficiles mais qui ne peut à elle seule combler toutes les statistiques concernant la violence conjugale au Québec, son histoire n’est pas mais alors là pas du tout représentative. Mais surtout, je me suis sentie malade de penser qu’elle avait trahi la confiance d’une femme en difficulté. Et je me suis demandé, combien de femmes de la communauté a-t-elle côtoyées? Combien en trahira-t-elle encore? Puis j’ai pensé plus loin. Les personnes qui assistaient à cette diffusion en direct étaient très actives dans les commentaires quand Kathleen parlait. Elle les nourrissait d’images à la «Jamais sans ma fille», les confortant dans leurs idées préconçues. Elle avait du succès. Et en ce moment, dans le monde des identitaires, je sais qu’une femme comme elle, simplement en mentionnant qu’elle a déjà épousé un tunisien (et visité la Tunisie lors de deux courts séjours) tout ce qu’elle dira sera pris comme parole d’évangile. D’apparence agréable, douce à écouter, bien articulée, cette femme a tout pour supplanter une certaine autre qui fait des vidéos mais qui n’a pas le même raffinement, disons. Et ça, pour contribuer à la désinformation et nourrir encore plus une haine inutile et gratuite, c’est dangereux.

Alors j’ai décidé d’aller plus loin dans ma recherche à son sujet et j’ai à nouveau questionné mon entourage. Et ma recherche fut fructueuse. J’ai cumulé plus de 200 captures d’écran. J’ai pu la suivre de très près sur un peu plus d’une année. Quand j’ai débuté ma lecture, j’étais très en colère, le feu aux joues et un nœud à l’estomac. Mais ce sentiment s’est vite envolé, pour faire place à de la compassion puis de la pitié. Elle ne l’a pas eue facile et je le dis sans aucun sarcasme. Je ne dévoilerai rien de son intimité car cela lui appartient. La seule chose que je souhaite dire concernant son mariage, c’est que vraiment elle n’a pas eu de chance. Que oui malheureusement il y a des gens comme ça qui profitent des autres. Mais que ce n’est pas tout le monde qui est comme ça. Et qu’aucun peuple n’a le monopole sur le mensonge, la manipulation, la fraude, la violence, etc… La preuve, regardez notre société. Combien de maisons pour femmes battues? Combien de corrompus, de fraudeurs?

Ce que j’ai compris, au fil de ma lecture de ses conversations avec deux personnes (A et O) c’est que cette femme en était à se reconstruire une vie. Un cercle d’amies, un époux, une communauté. Et elle a travaillé dur pour ça. Malheureusement, elle est un peu intense, légèrement envahissante et un tantinet harcelante avec ses amies. Ce qui a fait (selon les témoignages de A et E) en sorte que ses amies se sont peu à peu distancées d’elles, au point de mettre fin à leur relation d’amitié. C’est triste. J’ai sincèrement eu de la peine pour elle car je me suis imaginée à sa place. Pleine de bonne volonté. Trop. Au point de lui nuire. Au point de se laisser écraser par un salopard qui ne la méritait pas. Au point de supporter les silences de ses amies. Mais jusqu’à quel point exactement? Je l’ai dit au début, elle s’est présentée à moi en tant que convertie. Je ne connais pas les raisons de sa conversion, mais je crois comprendre ce qui l’a fait reculer. Une expérience globale plutôt décevante. Et encore là, elle a le droit de changer d’avis pour sa foi et sa vie, ça lui appartient. Mais cela ne lui donne pas pour autant le droit de jouer sur certains mots pour tordre son histoire dans le sens qui lui plaît.

Dans la vidéo elle parle du voile, disant que son mari voulait qu’elle le porte (ici on parle du hijab, qui laisse voir le visage) sans jamais faire mention qu’elle le portait volontairement et désirait même porter le niqab malgré le désaccord de son mari,  et les conseils de mon amie et d’une vendeuse de vêtements islamiques qu’elle avait contactée justement pour en acheter qui lui ont suggéré de ralentir la cadence un peu, puisqu’elle s’était convertie depuis peu de temps, quelques mois à peine un an tout au plus je crois.

Voici quelques captures d’écran qui confirmeront mes dires.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Bref, Kathleen voulait, et je ne lui en veux pas, c’est bien de se chercher et de chercher à se faire une place dans la vie. Mais elle voulait trop. Ce qui a entraîné, je l’imagine, une série de déceptions mais aussi de difficultés car la conversion à l’islam demande un détachement de ce qu’on connait pour se voir et voir la vie sous un autre jour (détachement, pas reniement, attention!) que celui sous lequel on a toujours vécu.

Mais quand je l’entends dans cette vidéo dire qu’elle a peur que le voile soit imposé aux femmes, alors qu’en réalité personne ne lui a rien imposé, je considère qu’elle sème la peur envers une communauté gratuitement. Et cette peur est l’origine d’un rejet et parfois même de la haine, qu’on nomme islamophobie. Et nous en conviendrons, c’est totalement inacceptable. Quand elle parle de sa peur d’un Québec musulman, je ne peux m’empêcher de grincer des dents, me rappelant qu’il y a trois ans, elle m’a fait peur en me parlant de son rêve d’un Québec islamique. Comment peut-on passer d’une polarité à l’autre? J’aimerais comprendre. Dans tous les cas, je comprends maintenant qu’au départ, son intention n’était pas de me faire passer pour une extrémiste. Elle croyait que je l’étais, a probablement dit ce qu’elle croyait que je voulais entendre mais pauvre elle, elle a eu tout l’effet contraire, me faisant la bloquer.

Après ma recherche sur son passé et la comprenant mieux, je ne ressentais plus de colère envers elle, semblant même oublier pourquoi au départ je m’étais lancée dans cette «enquête», je suis retournée à la vidéo pour continuer de l’écouter. Et elle continue plus loin, à dire des choses qui ont fait en sorte que la colère est revenue.

Vers 2 heures 34 minutes de visionnement, elle dit et je cite:
«Encore une fois, je respecte leur façon vivre, c’est LEUR façon de vivre. Est-ce que ça veut dire que nous on la veut ici ou nous la faire imposer? Ça c’est une autre paire de manches.» Je demande, encore, que lui a-t-il été imposé vu qu’elle a tout choisi par elle-même?

Ensuite vient un court passage où elle se plaint qu’à son retour de voyage en Tunisie, elle avait des brûlures au cou à cause de son voile. Pourtant elle ne s’en est jamais plainte dans les conversations que j’ai lues.

Un peu après, elle dit encore et je la cite au mot (eh oui j’ai cette patience):
«On est en train de perdre notre patrimoine. On est en train de perdre Noël, pis tsé il commence même à y avoir des plaintes, il y a des gens dans des garderies qui ne fêtent plus Noël parce qu’il y a eu des plaintes de personnes musulmanes (…) Notre patrimoine, la fête de Noël, c’est chez nous ça, la fête de Noël. (…) Moi ce que je dis c’est que y’a peut-être moyen de s’accorder (ou accommoder j’ai mal saisi) et de faire un vivre ensemble mais il ne faut pas nous imposer quoi que ce soit ou de faire en sorte qu’on va perdre nos traditions (…) On peut pas arrêter les gens d’aller dans leurs mosquées, par contre, il y a des gens par derrière qui veulent changer notre culture, changer notre pays (…)»

Donc si j’ai bien compris le tout, Kathleen a aimé un salopard (ça c’est aucunement sa faute), elle a perdu ses amies (deux m’ont confirmé comme je dis plus haut qu’elles ont mis fin à leur relation car elle était harcelante et lourde entre autre), elle a voulu d’une religion, elle a voulu du voile mais apparemment ça doit automatiquement venir équipé d’un mari et d’amies sinon ça vaut pas la peine (n’a probablement pas compris que sa foi on la vit pour soi, pas pour les autres) alors elle s’est retrouvée, encore une fois dans sa vie à devoir tout recommencer à zéro. Ayant besoin d’attention et de reconnaissance (comme n’importe quel être humain sur la planète) elle a décidé d’utiliser son histoire, en la déformant ainsi que les confidences intimes de combien de femmes? Pour se construire une nouvelle vie et avoir de nouveaux amis, et espérons-le, un amoureux qui prendrait soin d’elle comme chaque femme le mérite, elle a choisi de manipuler et de trahir.

À son âge.

Je n’aime pas ce que je fais en ce moment mais il est grave de laisser des gens dire des choses et les tourner à leur avantage comme ça leur plait. De prendre une erreur, une expérience et de la généraliser à toute une communauté, humiliant les femmes musulmanes et salissant les hommes, ne faisant pas de demi mesure sauf pour dire qu’il y a «de bons et de mauvais musulmans». Alors pour ça, je devais le faire.

Qu’est-ce qui compte réellement pour vous?

La vérité?

Ou juste ce qui vous complaît dans vos idées?

Ah oui, une dernière avant de partir:

Paix

Publicités

Rédigé par Warda Naili

Québécoise et musulmane, je vous invite dans mon monde.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s