Laissez-moi vous raconter une histoire.

Il était une fois un homme. Noël (nous préserverons sont patronyme, à lui de choisir s’il se dévoilera ou non) qu’il se prénommait. Et voyez-vous, ce cher Noël, le 23 juin dernier au soir, a décidé de me contacter.

En fait non. L’histoire commence quelques minutes auparavant. J’étais au téléphone avec une amie tout en parcourant l’actualité de groupes haineux sur Facebook grâce à un faux compte quand je suis tombée sur le partage d’une vidéo que j’avais faite, à la sortie du Palais de Justice de Montréal. Noël n’avait pas apprécié, je vous laisse en juger:

 

 

Donc, j’ai vu cela passer mais comme je ne suis pas supposée voir, j’ai laissé couler. Mais voilà, quelques minutes après avoir publié ces commentaires, Noël, ne pouvant retenir son élan d’animosité, n’a pu s’empêcher de me contacter. Non pas pour m’écrire mais pour m’envoyer un message vocal et tenter de m’appeler en audio, sur Messenger:

 

 

 

 

J’aurais pu l’ignorer et en rester là. Mais je ne sais pas… Je n’ai pas pu m’en empêcher, après avoir mis fin à mon appel, j’ai osé.

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Et il a répondu… Comme je l’ai dit dans une publication que j’ai partagée sur mon Facebook personnel, j’aurais aimé pouvoir enregistrer notre échange, pour votre bénéfice à tous.

Durant 49 longues minutes, j’ai tenté tant bien que mal d’échanger avec lui. Il faut dire que c’est toujours plus ardu de tenir une conversation potable quand l’une des deux personnes est imbibée d’alcool. Il me posait des questions tout en m’empêchant d’y répondre. Je devais hausser le ton et parler par-dessus lui pour me faire entendre.

Durant cet appel, il  m’a servi tous les clichés dont on m’abreuve depuis des années déjà.

Lui- Vous voulez changer nos lois et notre culture!
Moi- Pouvez-vous concrètement me dire ce que vous avez dû changer dans votre vie à cause des musulmans?
Lui- Heu non, mais on voit dans votre jeu, ça s’en vient.

Ou encore, il me parle des «antifa de merde»:
Moi- Monsieur, pouvez-vous me donner la définition d’antifa?
Lui – Heu non…
Moi- Antifa vient d’antifasciste. Donc, logiquement, si vous êtes contre les antifa, cela fait de vous un fasciste.
Lui- Je sais pas quoi dire.

Et bien entendu, il devait me parler de terrorisme:
Lui- Oui mais les attentats terroristes islamistes, pourquoi on vous voit jamais les dénoncer?
Moi- On le fait monsieur! Mais la question est, est-ce que les médias en parlent?
Lui- Non, c’est toute des fake news.
Moi- Alors monsieur, comment pourriez-vous en entendre parler alors?
Lui- Ouin… je sais pas quoi dire.

Et c’était ainsi pour chaque argument qu’il me servait. Facile à déconstruire. Bon évidemment, le ton était assez musclé disons-le ainsi, avec Noël qui me coupait la parole sans arrêt, ne me laissant jamais terminer une phrase sans interruption, ce qui, il me semble, peut taper sur les nerfs de n’importe qui. Malgré que mon mari ait dû venir à trois reprises me demander de baisser le ton car je m’époumonais tout près de la fenêtre, dérangeant certainement (et à mon regret) tout le voisinage, j’ai tout de même pu déconstruire son discours, le laisser pantois et passer à autre chose…

Jusqu’à aujourd’hui.

Je ne sais pas quelle mouche l’a piqué mais Noël a de nouveau ressenti le besoin de m’aborder sur Messenger. Je vous invite à lire l’échange dans son intégralité. Ça vaut la peine.

 

 

 

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Pourquoi je vous partage ceci? Avant tout pour vous démontrer (et vous pouvez le voir sur la page Facebook reliée à ce blogue) que beaucoup viennent à moi soi-disant pour émettre une opinion mais en fait d’arguments, il n’y a rien. Rien de concret. Beaucoup de légendes urbaines, peu de faits. Et bien entendu énormément d’insultes. Et quand les faits sont exacts, cela concerne toujours des populations loin de nous et n’ayant aucun rapport avec nous. Et je parle là autant de l’Arabie Saoudite que la France ou le Royaume-Uni. (Par soucis de ne pas trop rallonger le texte, disons que notre nation n’a pas le même historique que la France et le Royaume-Unis envers certains pays musulmans, donc comparer nos nations revient à comparer des pommes et des chaises…)

Depuis des années maintenant qu’on vient à moi pour me demander de me justifier. Justifier mes choix spirituels, justifier mon existence. On m’accuse de porter un symbole de l’asservissement de la femme. Mais on demeure muet à mes arguments quand je réponds que le voile n’est pas un être doué de pensée et de sentiments, encore moins de chair et d’os et donc le voile n’écrit pas des lois, encore moins ne les applique. Idem pour ma religion. On ne me répond pas quand je dis que le vrai problème, ce sont les hommes qui écrivent et appliquent ces lois. Ce sont CES HOMMES le problème. Ni ma religion, ni mon voile. Et ainsi de suite sur tout plein de sujets.

Depuis quelques jours maintenant, je me suis décidée à faire des vidéos en direct sur Facebook. La deuxième, je l’ai démarrée alors que trois personnes disons très peu chaleureuses commentaient sous une autre publication, les invitant à venir me rejoindre dans la vidéo. Mais aucun n’est intervenu lors de la diffusion, que ce soit par écrit ou en se joignant à la vidéo. Idem pour la troisième vidéo qui, comme la deuxième, s’est transformée en échange entre femmes musulmanes. Même que durant la troisième vidéo, un autre courageux, au lieu de venir me parler directement, s’est contenté de m’insulter ailleurs sous une autre publication.

J’aimerais terminer le récit de cette histoire par une morale, une conclusion autre que de dire qu’il est très facile de se cacher derrière un clavier ou de se replier auprès de ses amis mais qu’il est nettement plus difficile et engageant d’assumer ses opinions entièrement et publiquement.

Je trouve ça «plate»* comme fin. Alors avant de sauter aux conclusions (même si rien n’a changé depuis 2013) je vous offre encore une fois une chance d’échanger pour de vrai, avec moi, en direct. Pourquoi dans une vidéo en direct? Parce que j’ai beau être patiente et bien intentionnée, je ne peux, logiquement, débattre avec chaque citoyen séparément. Qui a le temps ou l’énergie pour ça?

La date et l’heure restent à déterminer mais si ça vous intéresse, je suis prête à discuter avec trois d’entre vous pour commencer et on verra bien pour la suite, et où tout cela peut nous mener. Merci d’utiliser ce formulaire de contact pour réserver votre place. Bien entendu, il est clair qu’aucun langage ordurier ou menaçant ne sera toléré. Et qu’il est ici question de société et de droits, pas de théologie, cette démarche en est une de dialogue, pas un prêche religieux.

Dans l’espoir de rencontrer enfin un peu de bonne volonté pour qu’ensemble nous puissions avancer.

Et monsieur Noël, désolée que vous soyez mon exemple type ici, ce n’est pas contre vous, ce qui importe ici, ce ne sont que les mots. Ainsi que les faits. Non seulement vous disiez dans le groupe «provoque-moi pas» vous êtes venu me provoquer pas une mais deux fois pour ensuite me traiter moi de provocatrice! Saisissez-vous enfin le ridicule de la situation?

 

Paix.

 

*«Plate»: ennuyeux, triste, dommage en québécois.

Mise à jour: je ne m’étais même pas donné la peine de faire un recherche. Noël est membre de la meute. Vous savez, cette meute qui se dit ni islamophobe ni raciste… On voit ça, encore une fois!

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Rédigé par Warda Naili

Québécoise et musulmane, je vous invite dans mon monde.

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