Dialogue de société: Agir en toute bonne foi

Depuis que j’ai commencé ma démarche personnelle, au printemps 2013, nombre de personnes ont levé haut la main, soit pour s’opposer, soit pour me dire stop, tu te fais du mal.

Pour les opposants, je n’y peux rien. À part essayer de parler avec eux, ce qui à la base est mon but ultime. Pour ceux qui veulent juste que j’évite de me faire du mal, merci de vous soucier de moi. Ça me touche et ça veut dire beaucoup pour moi. Car justement quand on se fiche d’une personne, on n’en a rien à faire de ce que cette personne fait ou non. Mais si je fais ce que je fais, malgré que ce soit lourd et épuisant, je le fais car je ressens au plus profond de mon être qu’il est essentiel de le faire.

Au printemps 2013, quand je suis rentrée du Maroc, le gouvernement de Pauline Marois annonçait qu’il dévoilerait à l’automne les détails de son projet de «charte des valeurs». Je l’ai dit dans un autre texte, j’ai senti tout au fond de moi que la situation dégénérerait. Je voyais que le débat de société était mal mené et que ça ne mènerait à rien de bon. Je me suis donc mise à écrire, faire des statuts sur Facebook, appeler à la radio sur une tribune libre, je me suis impliquée dans certaines manifestations. Et en parallèle, je me suis mise à observer le discours de société. En écoutant les tribunes radio et surtout à travers les myriades de commentaires qui sont publiés quotidiennement sur les réseaux sociaux.

À l’automne 2013, je pouvais lire des commentaires de nature très inquiétante, parlant de groupes de citoyens, tannés de ce débat identitaire et qui avaient le désir de prendre les choses en main et qui s’organisaient pour apprendre le maniement des armes «dans le bois». Vous savez, là où on ne peut être ni vu, ni entendu.

Aujourd’hui à l’été 2018, après un 29 janvier 2017 qu’on n’oubliera jamais, on a des groupes comme La Meute, Storm Alliance (qui affirment ne pas être racistes mais déconstruisez juste un peu leur discours ou portez attention aux commentaires semés aux quatre vents par leurs membres un peu partout sur Facebook), d’autres groupes moins connus comme Atalante ou Soldiers of Odin (Atalante entre autre qui n’hésite pas à envahir les bureaux d’un média qui ne leur est pas favorable, ou encore tapisser la ville d’affiches traitant des québécois dits «de souche» s’opposant à leurs idéologies suprématistes de traîtres et qui traitent des citoyens aux origines diverses, bien investis dans la collectivité d’être des parasites…) et encore d’autres groupes, plus secrets, de vraies milices dont il faut avoir un permis de port d’armes pour en faire partie. Ces groupes, bien que sur-représentés par des chiffres gonflés à souhait, sont tout de même entourés de pseudo médias indépendants, voués à leur «cause» et ont même leurs «personnalités», agents de radicalisation, une espèce de première porte ouverte sur leur petit monde fermé. Un monde apocalyptique où le Québec vit un génocide culturel, où il y a une espèce de projet de «grand remplacement»… En marge de ces groupes, il y a aussi des initiatives comme «Citoyens au pouvoir» ou d’autres encore dont le nom m’échappe. Pour ces gens, tous les moyens sont bons pour «sauver le Québec».

Mais le sauver de quoi exactement? La menace dont on me parle, je la compare à la peur d’avoir peur. On ne comprend pas, on se fait une interprétation, on prend les sources qui nous confortent dans notre idée et après, on ne bouge plus. On reste campé sur sa position. Alors on reste là, à se déchirer la chemise. À se crêper le chignon. À s’envoyer promener avec un langage pour le moins coloré. Parce que chacun est persuadé qu’il a raison. Et l’autre doit plier.

Il y a quelques jours encore, circulait une publication sur Facebook ayant généré si je ne me trompe plus de 250 commentaires, une publication qui a reçu beaucoup d’appuis. Savez-vous ce qu’affirmait cette publication? Qu’Alexandre Bissonnette est un prisonnier politique! Rien de moins!

Quand je vous parle de commentaires, je ne parle pas de simples commentaires du genre «j’exprime une opinion, je ne suis pas d’accord pour xyz raison, en s’appuyant sur des fait vérifiables». Je parle de commentaires lourds de haine. Moi, ce que je veux, c’est déconstruire cette haine. Prendre les arguments, les analyser et y répondre. Parce que je trouve que si déjà en 2013 on dépassait la ligne, aujourd’hui ça va trop loin. Le mécontentement est grandissant et ça n’annonce rien de positif.

Je n’ai pas la prétention de pouvoir changer la manière qu’ont les gens de penser. Je veux  juste faire ma part pour apporter une nuance. C’est pourquoi je fais tout ce que je fais. Pas toujours bien, j’en conviens. Il m’arrive à moi aussi de perdre patience et de parler avant de réfléchir. Mais jamais je n’ai menacé ou tenu de propos violents. Moi j’aime le Québec dans lequel j’ai grandi. Je n’aime pas ce que tous ensemble on le laisse devenir, en faisant tout le contraire de la seule chose que l’on peut faire pour changer les choses: se parler à cœur ouvert, la main tendue.

C’est pourquoi encore dans mon dernier billet, je lançais une invitation aux gens à venir discuter avec moi en vidéo. Pour déconstruire tout ça. Désamorcer une situation que personne ne veut.

Chose apparemment compliquée puisque le sujet identitaire vient tous nous chercher au plus profond de nos tripes. Nous avons tous une opinion, forte. Et beaucoup d’émotions rattachées à tout ça. Difficile aussi parce que beaucoup de gens, au lieu de se concentrer sur ce qui se passe ici au Québec, n’ont de cesse de nous parler de ce qui se passe autre part, dans un autre contexte. Pénible aussi car au lieu de se concentrer sur le sujet, qui est notre société et son avenir, les échanges (quand ils sont le moindrement possibles) se transforment en un procès de la religion musulmane, où l’on doit justifier chaque détail de notre foi.

Aujourd’hui une personne a prétendu être prête à s’asseoir avec moi pour parler. Une personne elle aussi profondément engloutie par la poutine identitaire. Malheureusement cette personne n’a pas compris que je désire débattre dans le sens d’échanger des idées, les déconstruire et les reconstruire ensemble. J’aurais voulu, avec un immense plaisir, échanger avec elle. Or les commentaires qu’elle m’a écrits regorgent d’insultes et s’attaquent à mon physique. Cette personne a l’habitude de faire cela, s’attaquer au physique ou à l’éducation des gens qui la critiquent. Mais ce que cette personne semble ne pas comprendre, c’est que l’apparence d’une personne n’a rien à voir avec un débat d’idées! On parle d’arguments et de faits. Ça change quoi que je sois obèse, borgne ou unijambiste? Ça apporte quoi au débat? Peut-on avancer avec de tels arguments? Poser la question, c’est y répondre.

Je désire échanger. Et non me vautrer dans la boue. Alors je vais poursuivre ma recherche… il doit bien y avoir quelqu’un de convaincu de ses arguments et qui soit capable de les exprimer sans se laisser aveugler par une mauvaise volonté crasse qui ne mènera jamais à rien.

Parce que je ne laisserai jamais tomber ma démarche qui est de bonne foi et qui me tient à cœur.

Paix

3 thoughts on “Dialogue de société: Agir en toute bonne foi

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