Dialogue de sourds

Il y a quelques jours je vous disais dans un précédent billet que je désirais vous parler d’un truc. J’y reviens aujourd’hui.

J’ai vécu une série de sinistres dans mon logement au cours des derniers mois qui a nécessité que mon mari et moi soyons relocalisés ailleurs. Lors de l’étape de vider notre logement histoire de faire de la place pour les travaux à venir, nous avons entreposé nos objets dans un conteneur. Or, dans la hâte, certaines choses nécessaires comme des documents et mes chaussures se sont retrouvées dans le conteneur.

Une amie voulant me rendre service a offert de me conduire au conteneur pour y récupérer ce dont j’avais besoin est allée jusqu’à m’offrir une paire d’espadrilles, que j’ai acceptée. Elle est donc venue me chercher, accompagnée de son conjoint que je ne connais pas.

Il était gentil, un homme québécois début soixantaine avec déjà des airs de pépé. Il semblait très ouvert et serviable.

Mon amie et son conjoint ont même eu la gentillesse de m’accompagner à un rendez-vous que j’avais pour accorder une entrevue. Pour une question pratique, nous sommes allés à l’entrevue avant d’ouvrir le conteneur et partir à la recherche de ce dont j’avais besoin.

L’entrevue s’est très bien déroulée (j’espère pouvoir vous la partager bientôt) mais s’était un peu étirée dans le temps. Et comme l’homme qui m’a interviewée désirait aussi questionner mon amie, j’ai pris sur moi d’aller vers le conjoint de mon amie pour faire la discussion, histoire de le faire patienter car il attendait depuis près d’une heure.

Et malheureusement, c’est là que tout est parti en cacahuète. Petit à petit, les propos de cet homme qui depuis le début ne cessait de prôner l’ouverture, le respect, s’est mis à critiquer le voile de sa conjointe, récemment convertie et qui pour le moment porte le voile seulement occasionnellement, disant qu’il ne savait s’il  pourrait supporter qu’elle le porte régulièrement. Me parlant d’autres musulmanes ou arabes spécifiant si elles portent le voile ou non et finalement pour finir par dire que toutes les religions étaient des dogmes, que nous étions soumis à un dogme et qu’il rejetait cela. J’ai essayé, dans l’optique d’échanger avec lui et non de le convaincre, de lui partager mes vues sur certains points qu’il énonçait mais ce fut impossible.

Systématiquement, il me coupait la parole, arguant tour à tour qu’à son âge il sait, qu’il ne changera pas d’idée ou il passait carrément à un autre sujet. Il m’était impossible de terminer une phrase. Et il ne me servait à rien de lui demander de me laisser aller au bout d’au moins une idée, même là il me coupait la parole.

L’escalade de la tension s’est vite transformée en dégringolade. Alors qu’il était prévu que nous allions au conteneur puis qu’ils me ramèneraient là où je loge actuellement, l’homme s’est mit à tapoter son poignet dénué de montre, pour montrer son agacement et sa hâte de partir. Il était pressé, tout d’un coup.

Me sentant profondément mal à l’aise, je lui ai dit qu’il pouvait s’en aller.Je me suis retournée vers l’homme venu de Québec pour m’interviewer et je lui ai demandé s’il pourrait me ramener. Il paraissait hésitant mais il a tout de même accepté, laissant entendre que sa femme et ses enfants l’attendaient dans le véhicule mais qu’on pourrait s’arranger.

Il n’en fallu pas plus au conjoint de ma copine pour se rendre à sa voiture mes «crocs» que j’avais laissés dans sa voiture, ainsi qu’une paire de bottes récupérée préalablement à mon logement. Alors que j’amorçais le geste de retirer les espadrilles offertes par mon amie, sentant que le monsieur désirait que je les rende, mon amie a dit non, je te les donne.

Mais son conjoint ne partageait pas le même avis et le lui a dit. Elle lui a alors répondu qu’il les lui avait données, qu’elle pouvait bien me les offrir. Mais l’homme s’est opposé, disant que non, il ne les lui avait jamais données et qu’elles avaient une valeur sentimentale.

Bien entendu je n’allais pas m’obstiner avec lui pour une vieille paire de Nike. Je les lui ai vite rendues.

Mon amie, humiliée, désemparée et en colère semblait affectée par la scène. Elle m’a serrée fort contre elle pour me chuchoter qu’elle était très en colère contre son partenaire. L’instant d’après, ils étaient partis.

Pourquoi je vous en parle? Parce que ce genre d’attitude, c’est pratiquement mon pain quotidien. N’importe qui qui se fait couper la parole encore et encore finira pas ressentir de la frustration, voire plus.

Faire face à une personne qui refuse de t’entendre, il n’y a rien de plus contrariant. Comment peut-on être si sûr de soi que l’on n’a pas besoin d’entendre l’autre? Et à partir de là, comment peut-on avancer collectivement si chacun est tellement convaincu d’avoir raison qu’il refuse de s’ouvrir et d’écouter l’autre?

Comment peut-on réussir à passer par-dessus cela pour réussir à enfin nous écouter les uns les autres?

Paix

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