Confidence: le pouvoir destructeur de la médisance

Aujourd’hui je vais vous raconter quelque chose de très personnel.

Je n’ai pas toujours été stable dans ma vie et je suis passée par toutes sortes d’épreuves. À un moment de ma vie, en fin 2011, alors que j’avais un emploi et des responsabilités, j’ai tout lâché pour aller m’occuper de ma tante, la sœur de ma mère, la femme qui m’a élevée, ma deuxième mère quoi. Elle a été frappée par la démence et ne pouvait plus rester seule.

Comme je lui devais énormément, je n’ai même pas hésité. J’ai tout abandonné. Travail, logement, meubles et je me suis occupée de ma chère tante. Puis, vers la fin de 2012, vint le moment où elle a dû être placée dans un endroit mieux adapté à ses besoins et sa nouvelle réalité.

J’étais, de mon côté, épuisée de ce que je vivais en m’occupant de ma tante et inquiète de mon avenir car son placement approchait et j’allais devoir quitter son appartement, me reconstruire alors que j’étais en profonde dépression, démunie, sans revenu, sans plus un meuble à moi. Je n’avais en ma possession que quelques vêtements, des livres et mes chats qui même eux étaient chez ma mère vu que ma tante qui avait des problèmes respiratoires ne pouvait se trouver en leur présence. J’étais aussi fatiguée de me battre dans la vie. Ce n’était pas la première fois que je me retrouvais dans ce genre de situation et vient un moment où on en a juste marre.

J’avais à ce moment de ma vie, le désir d’épouser un homme, un imam mais pour des raisons qui lui appartiennent, il me demandait de l’attendre. Ce que je tentais de faire, malgré mon besoin flagrant de trouver une situation plus stable et que l’attendre ainsi prolongeait le calvaire de devoir tout supporter seule. Mais je patientais.

Prévoyant être bientôt à la rue, j’ai approché une mosquée, demandant de l’aide. Et le jeune directeur de l’époque s’est empressé de m’aider. Il s’est arrangé avec un restaurant pour me nourrir et avec une femme possédant une boutique de vêtements islamiques pour qu’elle me donne des vêtements. Ces gens ont été incroyablement généreux avec moi. Comme mon besoin était grand, j’allais devoir me loger, me meubler et ainsi de suite, on m’a conseillé d’approcher d’autres mosquées, ce que j’ai fait. Je n’ai fait aucun profit avec cette aide, juste ils m’ont apporté le minimum de sécurité nécessaire.

Le jeune directeur de mosquée est allé jusqu’à m’offrir un billet pour le colloque 1ndépendance, tout un week-end de conférences données par des imams et prédicateurs. L’événement se déroulait au Palais des Congrès de Montréal (et d’ailleurs fut annulé l’année suivante dans la foulée du projet de charte des valeurs du Parti Québécois).

Sur place se trouvait la femme propriétaire de la boutique de vêtements dont je parlais plus haut, ainsi que l’épouse du jeune directeur, N. et une amie à elle dont j’ai oublié le nom, de toute façon, je ne citerai personne ici. J’y ai aussi rencontré A., une femme portant le niqab comme moi (je le portais déjà à l’époque) qui était mariée avec un imam.

Tout le monde était sympathique avec moi, je n’ai rien à redire sur l’accueil qu’on ma fait. Au contraire, ça m’a même fait du bien de faire des rencontres. Jusqu’à ce que ça se gâche en prenant des proportions totalement exagérées. J’y ai passé un super week-end, honnêtement. Mais tout s’est gâché vers la fin, le dimanche soir.

Il y avait beaucoup de personnes présentes, cet événement avait eu beaucoup de succès. Et dans la foule, j’ai reconnu un homme. Il était à la fois le frère de mon dernier employeur et aussi élève de l’imam que je désirais épouser. J’ai voulu aller le saluer. Quand j’ai prononcé son nom, l’amie de N. m’a dit: «comment ça se fait que tu connaisses mon mari?». Je lui ai répondu ce que je viens de vous dire, lui expliquant le contexte dans lequel je l’ai connu. Mais je ne le connaissais pas intimement, je connaissais une partie de sa famille grâce au cadre de mon travail et on a passé du temps sur la route dans certains déplacements mais il n’y avait rien de plus. Pourtant j’ai eu au fond de moi le sentiment que ça ne s’arrêterait pas là.

Je suis donc allée voir N, pour lui dire que si jamais quelqu’un venait lui parler de moi, de ne pas donner mes coordonnées mais de me contacter, que je saurais répondre.

Mais ne me connaissant pas, elle devait probablement rien n’avoir à faire de moi et le lendemain matin, je me suis fait réveiller par le téléphone, c’était l’amie de N, l’épouse du frère de mon ancien patron. Je ne vous mens pas, elle m’a questionnée plus d’une heure et demi, me faisant répéter encore et encore la seule vérité qui existait. Je n’avais rien à me reprocher et je me suis montrée totalement transparente envers elle, lui confiant même mes projets de mariage, pensant que cela la calmerait. Mais ce ne fut pas le cas.

Dès lors, les mosquées avec lesquelles j’avais l’habitude de communiquer ne répondaient plus à mes appels. En fait, leurs portes se sont refermées pour moi, sans que je comprenne pourquoi. Jusqu’à ce que A., rencontrée au colloque, me téléphone pour me dire quelque chose qui me jettera par terre.

Non seulement la jeune épouse qui m’avait questionnée ne m’avait pas crue, mais elle a répandu une rumeur à mon sujet comme quoi j’aurais eu des relations hors mariage avec son mari ET l’imam que je prévoyais épouser. Raison pour laquelle les mosquées m’avaient fermé leurs portes. Raison pour laquelle je ne méritais même plus une simple réponse.

Cette histoire a eu beaucoup de répercussions, dont sur mes projets de mariage. Me retrouvant seule, avec tout à recommencer et plus d’aide du tout, J’étais totalement démunie. Et je pensais que ma vie, ma réputation étaient finies. Du moins ici.

Me sentant totalement rejetée à la fois par mon peuple et par ceux de la communauté que je connaissais, je ne voyais plus clairement. J’ai seulement pensé que si je restais ici, il ne m’arriverait rien de bon. Grâce à une amie de A, et d’autres aides que j’ai réussi à trouver, deux semaines plus tard je quittais le Québec avec en mains un billet aller-simple pour le Maroc, avec l’idée que je ne reviendrais plus jamais.

Je me revois à l’aéroport, faisant mes adieux à ma mère, m’abreuvant de son image en pensant que c’était peut-être la dernière fois que je la verrais de ma vie.

Et je suis partie. Retrouver un homme qui me harcelait (carrément) en ligne depuis plus de trois ans. Tout en muscles, pas du tout en réflexion. Et j’ai vécu un enfer auprès de lui et de sa famille. Violence, abus, séquestration, humiliation publique, j’en ai vu de toutes les couleurs.

Ces épreuves vécues là-bas m’ont fait comprendre beaucoup de choses et m’ont fait découvrir une volonté que je ne me connaissais pas. Et qui m’ont servies depuis mon retour, après six mois là-bas, six courts moi mais dans ma mémoire affective et physique, ce fut comparable à des années. Alors à mon retour, c’est comme si j’étais transformée. Les gens qui m’avaient tourné le dos ont fini par oublier mon existence et moi j’ai poursuivi ma route jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi je vous en parle? Parce que justement je suis bien placée pour parler des conséquences de la médisance. Il est très facile de détruire ou considérablement affecter la vie d’une personne. C’est pourquoi je ne prendrai jamais à la légère le fait de parler d’une personne. Je ne connais que trop bien les conséquences. Ce que je ne souhaite à personne.

Ma communauté n’est pas parfaite, je ne suis pas parfaite. En fait personne ne l’est. J’en suis totalement consciente et j’espère que vous aussi. Il y a beaucoup de choses qui se disent qui ne devraient pas être dites.

Mais il y a d’autres choses, qui elles ont un impact inquiétant et ces choses, il faut les dénoncer. C’est pourquoi il faut savoir faire la part des choses. Ayant souffert moi-même énormément des effets de la médisance, du mensonge et de la calomnie, je fais vraiment attention quand je m’exprime et aux sujets que je touche. Mais, personnellement, je considère que le sujet touché au cours des derniers jours, il est essentiel d’en parler.

À voir certaines réactions autour de moi, une certaine insistance à me faire «réfléchir à ce que je fais», je me dis qu’il n’est pas normal de cultiver une loi du silence autour d’un sujet aussi critique. C’est pourquoi je maintiens ma position.

Si je vous ai raconté ce pan de ma vie, c’est pour vous faire comprendre que ce que je fais, je le prends au sérieux. Ce n’est ni pour les clics, ni pour la popularité ou pour plaire à qui que ce soit. C’est parce que certaines choses doivent être dites. Un ménage doit être fait et on doit arriver à se parler dans le blanc des yeux, une fois pour toutes.

Paix.

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