Diffamation: Quand le sensationnel l’emporte sur le réel

S’adresser aux médias n’est pas toujours une chose aisée. Surtout quand on aborde un sujet sensible pour une majorité de la population et que ça donne l’impression qu’une immense loupe est braquée sur soi. Imaginez quand en plus, ce que vous avez énoncé a été totalement déformé. Catastrophe. C’est ce qui est arrivé à une jeune femme cette semaine et elle m’a autorisée à vous en parler.

Le 17 octobre dernier, j’ai partagé un article du HuffPost Québec titré: «Même si elle ne porte pas le voile, cette Québécoise musulmane veut qu’on laisse le voile tranquille.» J’ignorais totalement que cet article a dû être modifié suite à sa parution car l’auteur a déformé des propos tenus par Imane Najar, photographe professionnelle et mère de famille. Dans l’article original, Stéphane Tremblay place certaines affirmations dans la bouche de Mme Najar, affirmations qu’elle n’a jamais tenues, entre autre qu’Adil Charkaoui  est un extrémiste et qu’il cause du tort à la communauté musulmane. Il y a une différence entre affirmer qu’elle n’est pas d’accord avec les propos de M. Charkaoui et affirmer de telles choses. J’ai eu la chance de m’entretenir avec Mme Najar qui m’a expliqué ce qui s’est passé.

Il y avait particulièrement deux points qu’elle a soulevés qui étaient en totale discordance avec ses réels propos. Le premier étant qu’elle n’a jamais parlé de la population québécoise en la traitant d’ignorante, ce qui serait péjoratif et totalement faux. Le deuxième étant que Stéphane Tremblay a affirmé qu’Imane aurait mentionné qu’Adil Charkaoui aurait dit que les femmes non voilées méritent d’être violées alors que c’est totalement faux. S’il est responsable de bien des déclarations incendiaires ou douteuses, il n’a jamais, à la connaissance d’Imane Najar (ni de la mienne) tenu de tels propos.

Ces deux points ne sont vraiment pas à négliger car ils donnent un ton incendiaire à cet article et changent totalement un message qui se veut positif en une polémique soulevant les foudres de parts et d’autres des diverses communautés québécoises. Non seulement c’est un manquement à l’éthique mais on peut se questionner sur les intentions de l’auteur de cet article. Vivant au Québec, Stéphane Tremblay doit être conscient de l’intensité émotive reliée à la question du voile. Et collaborant avec un média dont la plateforme est totalement en ligne, il doit aussi être conscient de l’effet pervers de l’anonymat des réseaux sociaux, cette distance que certains font d’avec la réalité et qui fait en sorte que plusieurs se permettent de tenir un langage ordurier accompagné d’une manière que l’on pourrait qualifier d’intimidatrice, voire menaçante.

Je suis très bien placée pour comprendre comment peut se sentir Mme Najar au moment actuel. Mes propos n’ont jamais été déformés par un journaliste. Par contre j’ai déjà été clairement identifiée comme un «fer de lance des jihadistes», une «jihadiste juridique», décrite comme une personne refusant de me mêler à la collectivité par crainte d’être contaminée par les autres citoyens. Tout ça alors que l’auteure de ce texte calomniateur n’a jamais cherché à entrer en contact avec moi. Ce texte a provoqué nombre de partages et de commentaires violents, haineux et même un appel au meurtre de ma personne.

Ceux qui sont passés par là le savent, déjà, le fait d’accorder une entrevue ou de passer dans les médias est quelque chose de hautement stressant. L’adrénaline monte à son maximum, c’est intense à vivre. On a cette sensation que tous les regards sont braqués sur soi. Et je crois qu’il est inévitable de se questionner sur la perception qu’ont les gens de soi. Alors en plus quand on est diffamé, que nos propos ont été détournés et que même on nous associe à des propos jamais tenus, le stress vécu dans une telle situation doit être particulièrement intense. Sans parler de l’immense lassitude qui vient par la suite.

Malheureusement, Imane Najar y a goûté. Au point d’en perdre ses mots.

Je tenais donc à écrire ce texte pour lui prêter ma voix, en sollicitude pour l’épreuve qu’elle traverse actuellement car comme je vous l’ai dit plus haut, être diffamée est quelque chose d’extrêmement stressant à vivre.

Je crois qu’il est aussi important de souligner la question du point tendancieux de cet article. On a aujourd’hui une preuve flagrante de désinformation, de sensationnalisme pervers. Soulevons les passions, éveillons les colères. Ça donne des «clics», ça fait vendre. Mais à quel prix? Celui de l’intégrité d’une femme, d’une professionnelle, d’une mère de famille, d’une musulmane. Et c’est ce dernier point qui sera le plus retenu. Musulmane. Une musulmane qui ose traiter les québécois d’être des ignorants. Alors que ce n’était pas du tout ce qu’elle avait formulé.

Ne comprenez-vous pas comme moi qu’il est temps de s’investir dans un meilleur dialogue de société au lieu de nous laisser monter la tête par des gens qui ne cherchent qu’à tirer leur épingle du jeu dans cette situation, faisant fi des conséquences directes et prévisibles qui s’ensuivront?

J’espère que nous pourrons poursuivre notre réflexion en ce sens.

Paix.

 

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