Cabane à sucre et repli communautaire

C’était en 2007 et on m’en parle encore.

Un groupe d’une quarantaine de musulmans se sont offert, il y a près de onze ans, une journée à la cabane à sucre. Une sortie qu’ils ne sont pas prêts à oublier. Ils ont, ô scandale, demandé à ce que le menu soit adapté pour qu’ils puissent profiter au maximum de cette visite au goût de folklore québécois. De plus, ils ont eu le front de demander cinq minutes de silence, le temps de faire la prière, sacrilège!

Cette histoire a soulevé énormément de passions, a créé énormément de mécontentement au sein d’une certaine portion de la population québécoise qui insiste sur le «de souche».

Cette portion de québécois qui ne cessent de parler en «eux» et en «nous», creusant un peu plus le fossé, que dis-je le ravin qu’ils tiennent à établir entre les diverses communautés québécoises. Cette portion, dis-je, ne cesse de nous rappeler cette histoire, et les rares autres qui se sont produites au fil des ans, pour nous signifier leur rejet d’une manière de vivre différente de la leur, comme si c’était la fin du monde ou du moins la fin de la culture québécoise. Ne se rendent-ils pas compte que ce sont eux qui  mettent le Québec en péril, avec leur colère et leur rejet de l’autre?

Parmi toutes les critiques que j’ai pu lire ou entendre concernant les musulmans ou plus largement les immigrants, un sujet qui revient régulièrement est celui du repli communautaire. Pour ceux qui ne comprennent pas ce principe, c’est celui de se replier sur sa communauté, sur ses semblables, pour fonctionner dans la vie de tous les jours. Travail, loisirs, ainsi de suite, pour certains, tout se fait et se vit au sein de la communauté. Mais pourquoi cela?

Est-ce un rejet des québécois et de leur culture? Si oui, alors que font ces personnes ici, à travailler dur pour contribuer, eux aussi, à la société? Il existe peut-être quelques individus amers qui ont fermé leur cœur à la réalité québécoise, mais qu’en est-il pour la majorité de ceux qui ont fini par se replier sur cette «solution» communautariste?

On demande aux nouveaux arrivants de s’intéresser à la culture québécoise, de s’intégrer. Mais que leur offre-t-on pour faciliter cela? Je pose la question car au fil des ans, j’ai vu plus d’une fois des propriétaires refuser l’accès à un logement à des gens issus de l’immigration. Parce que tsé, ils ne veulent pas de coquerelles dans leur immeuble, on sait bien eux «autres» pis l’hygiène… Que dire encore du fait que si tu t’appelles Mohamed, tu as toutes les chances de voir ton curriculum vitae se retrouver systématiquement au bas de la pile des postulants, parce que tsé, il va demander des accommodements pour la prière et le ramadan? Et de tels exemples, je pourrais vous en sortir encore et encore.

Jamais je n’ai cru que le repli communautaire soit LA solution. Mais malheureusement il est le remède d’un moindre mal: celui du manque de communication inter-communautaire. En fait, le repli communautaire, selon moi, n’est que le symptôme d’une maladie, d’une problématique: le refus de l’autre.

Et ce n’est pas quelque chose de nouveau. Pourquoi, au fil des générations croyez-vous que Montréal a vu naître le Chinatown, la Petite Italie et tous ces autres secteurs ayant une forte concentration de membres issus d’une même communauté? Par rejet du québécois? Par haine de notre culture? Non. C’était un moindre mal pour pouvoir se tenir debout. Pour pouvoir continuer et faire leur bout de chemin dans la vie.

Personnellement je suis contre le repli communautaire. Tout comme je suis contre la pensée unique et l’idée que l’intégration passe par l’assimilation.

À tous ceux qui accusent ces communautés (aujourd’hui on parle surtout des musulmans, oubliant momentanément des dizaines d’années d’histoire locale) de ne pas s’intégrer je demande: Vous, que faites-vous pour leur intégration? Et surtout, d’après-vous, qu’est-ce que l’intégration?

Je vous demande, chers compatriotes «de souche» (je déteste cette expression mais comment nous définir autrement?), comment réussir à tous avancer ensemble main dans la main de manière à ce que chacun puisse rester fidèle à sa conscience et ses valeurs tout en trouvant un équilibre, une harmonie entre nous?

Croyez-vous que ce soit en ressassant de vieilles histoires, grossies à la loupe, que l’on y arrivera? Croyez-vous que c’est en refusant de «les» inclure dans le «nous» qu’on y parviendra?

Un équilibre doit être trouvé et pour ce faire, CHACUN d’entre nous doit mettre l’épaule à la roue. Peu importe sa couleur, peu importe ses valeurs.

Ma main est tendue. Et la vôtre?

Paix.

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