Parlons liberté

S’il y a un sujet qui revient régulièrement dans les commentaires à propos du voile, de la religion, c’est bien celui de la liberté. Beaucoup prennent un malin plaisir à nous rappeler que nous vivons dans un pays libre. «Ici, les femmes sont libres, vous n’avez pas à vous couvrir de la sorte». «Ici, les femmes se sont battues pour leur liberté et vous leur crachez au visage en vous battant pour le droit de porter votre torchon». «Ici, on se conforme aux us et coutumes».

Eh bien parlons-en voulez-vous?

Vous croyez que nous ignorons le fait que nous soyons libres dans un pays libre? Croyez-vous réellement aussi que nous ignorons ce que nos grands-mères, de grandes pionnières, ont souffert lors de leur combats pour leurs droits et leur liberté? Le combat de ma grand-mère, j’en ai parlé largement. Un jour, cette femme a décidé de se tenir debout et de prendre sa destinée en mains, quittant un mariage qui ne lui allait pas et allant au-devant de sa liberté. Cette femme qui a subit la maternité à répétition de manière forcée a même été excommuniée. Mais cela ne l’arrêtera pas, cela ne l’empêchera pas de se tenir la tête haute et d’avancer dans la vie le sourire aux lèvres, prête à vivre sa prochaine aventure.

Quand on me parle des us et coutumes, je pense toujours à ces élèves musulmans qui allaient à la même école que moi, une école privée que j’ai fréquenté un temps durant mon primaire. Quand nous avions un cours de catéchèse, les élèves musulmans se rassemblaient dans une autre classe pour étudier leur religion. À part la petite école de village que j’ai brièvement fréquentée au début de ma deuxième année où tous les élèves étaient blancs et catholiques, partout où je suis allée il y avait des enfants issus des diverses communautés culturelles. Pour moi, et pour beaucoup de gens, être québécois ne signifie pas s’habiller, manger et agir d’une telle ou telle autre manière.

Je me suis rendue compte tout à l’heure, en répondant à des questions dans une entrevue donnée dans le cadre d’un travail universitaire, que la grande région métropolitaine de Montréal, incluant les banlieues périphériques, comporte l’équivalent de la moitié de la population québécoise dans son total. Le visualiser m’a permis de comprendre quelque chose que je n’avais jamais réalisé. C’est comme s’il y a deux Québec. Il y a celui du Grand Montréal, avec sa diversité culturelle bien présente et il y a l’autre, celui des terres profondes, où si la diversité existe, c’est dans une moindre mesure. Il est peut-être là, le problème. Ce clash entre les deux moitiés d’une même nation. Ce qui fait que  nous nous retrouvons chacun de notre côté de la clôture, répétant tous et chacun cette même phrase même si elle ne prend pas le même sens selon de quel côté l’on se trouve: c’est pas mon Québec ça!

À vous qui me lisez, je ne sais pas comment vous le voyez, votre Québec, mais moi je le vois tel qu’on me l’a enseigné quand j’étais au primaire, quand on nous expliquait la charte des droits et libertés et qu’on nous enseignait que l’on avait le droit d’être qui l’on veut, comme on veut, tant que l’on ne fait de mal à personne.

Si longtemps dans ma vie je ne me suis pas senti le droit de vivre, à cause de tout le mal qu’on a pu me faire, ou même du mal que j’ai pu me faire à moi-même, le jour où je me suis retrouvée ou plutôt je devrais dire le jour où je me suis découverte, je n’ai pas eu le sentiment de devenir quelqu’un d’autre, de renier mon passé, mes origines, ma culture. Au contraire. Je me suis sentie libre d’être telle que je me sentais réellement au fond de moi. Je n’ai pas non plus le sentiment d’avoir perdu une quelconque liberté. J’ai fait certains choix, dont celui de ne plus manger de porc ou encore de me voiler. Oui et alors? Je veux dire, en quoi je brime les libertés de quiconque, même les miennes, en faisant des choix librement?

Et la liberté, elle se résume à quoi? Aux apparences? Ou est-elle de nature plus profonde, plus intellectuelle? Sommes-nous réellement libres d’être tels que nous sommes ou voulons être ou sommes-nous seulement libres de faire comme les autres, sans se questionner, sans suivre sa conscience?

J’aimerais vous poser une question. Vous qui parlez de liberté, je vous demande, quelle liberté désirez-vous réellement?

Paix.

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