Journal intime: Compte rendu de mon party de famille

En temps normal, j’ai le gêne de la retardataire. Mon mari doit souvent tricher sur l’heure du départ quand nous nous rendons quelque part. En temps normal aussi, quand je me retrouve dans un endroit bondé, je ne sais pas où me mettre et ce même au sein de ma propre famille qui est pourtant tellement chaleureuse. Cette fois-ci, deux heures avant le coup de départ j’étais fin prête, impatiente de prendre la route.

Hier (le 29) nous avions un party de famille. C’était le premier grand rassemblement depuis 2002 si on fait abstraction de funérailles (pour vous dire, j’ai perdu six proches, famille ou amies de la famille, entre 2015 et 2017). Du simple fait que nous nous verrions pour vivre quelque chose de positif, de rassembleur, d’amusant, j’étais très enthousiaste à l’idée de m’y rendre.

C’était la première fois qu’un tel événement ait lieu depuis mon mariage et, entre vous et moi, mon mari est une personne extrêmement timide. Au point que je me doutais qu’il ne voudrait pas venir. Heureusement, grâce à la distance du lieu de rendez-vous, et certainement à notre insistance à ma mère et moi, il a fini par accepter de venir et de rester avec nous.

Je savais que dû à sa timidité, la soirée risquerait de ne pas être aussi amusante pour mon mari que pour moi, par contre je dois avouer que j’étais heureuse de l’avoir à mon bras pour cette soirée. Je suis tellement fière de lui, il est tellement une belle personne que je crois qu’il est normal que j’aie envie que les membres de ma famille le découvrent et trouvent à l’apprécier autant que moi.

Nous étions parmi les premiers arrivés. Heureuse, j’ai papillonné d’une personne à l’autre, embrassades, formules de convenance, j’étais tellement heureuse de revoir mes proches, tandis que mon mari restait figé, appuyé contre le mur dans un coin. J’avais tendance à ne pas le quitter du regard, à aller vers lui chaque trente secondes pour lui demander s’il était correct, ce qui aura le don de l’irriter, ce que je comprends mieux avec un peu de recul. Heureusement, l’irritation de mon mari ne durera pas, ayant compris le message et continuant de faire le tour des personnes présentes et accueillant ceux qui arrivaient.

Ma mère est issue d’une fratrie de huit, elle a six frères et une sœur. Trois de mes oncles et ma tante sont décédés. À l’exception de deux de mes oncles, leurs conjointes et deux de mes cousines, tout le monde était présent. Étaient rassemblées quatre générations. Dire qu’avant c’était moi le bébé de la famille. Maintenant il y a toute une délégation, une nouvelle génération et à les regarder, la raison de cette soirée a pris tout son sens pour  moi.

Je l’ai dit dans l’article précédent, petite nous nous rassemblions chaque année mais la vie avait pris le dessus sur nous et nous avions mis fin à cette tradition. En regardant les tout petits, les jeunes adolescents, mon cœur s’est gonflé d’amour et d’une forme de mélancolie. Le temps passe vite, pour certains je ne les ai même pas reconnus, tellement ils ont poussé et changé. Ils sont notre avenir, l’avenir de notre nom, de notre souche. Je me suis dit que ce serait tellement triste que dans vingt, trente ans, cette cohésion de la famille n’existe plus. Notre belle gang d’humoristes (on aime beaucoup rire et se taquiner chez nous) avance en âge, nos aînés nous quittent petit à petit, les choses changent. Mais la famille elle, ne doit pas disparaître. Sinon qui se souviendra de nous? Et qu’arrivera-t-il de cette famille? J’étais profondément émue à penser à tout cela. Au point d’en avoie la gorge nouée.

Il y a ça chez nous. Autant on aime rire et se taquiner, autant les membres de ma famille ont une belle profondeur d’âme. Que ce soit à cause de dures épreuves, de cheminement spirituel ou un mélange des deux, mes proches ont cette sensibilité qui fait qu’en quelques phrases on en arrive à se confier sur les choses les plus profondes. Donc beaucoup d’émotion dans l’air. Heureusement, j’ai réussi à ne pas gâcher mon maquillage malgré que j’étais très émue.

C’est drôle, une de mes cousines s’est montrée surprise quand je lui ai dit à quel point je souffre de timidité (pour vous donner une idée, même si j’aime ce que je fais, quand je fais une vidéo ou donne une conférence, je tremble de la tête aux pieds et deviens intégralement moite de sueur) elle m’a dit qu’au contraire j’avais l’air d’une personne sûre d’elle, ce que je n’ai jamais été!

Pour vous dire, j’ai voulu profiter de la présence d’une table de billard pour faire une partie, histoire de me pratiquer puisqu’il est prévu que je me fasse une partie avec quelqu’un de la droite identitaire prochainement. Mon mari a eu la gentillesse de jouer avec moi. Mais c’était une véritable catastrophe. Je suis une fanatique du billard. La 8, la 9, le snooker, j’en mange et je joue beaucoup en ligne. J’étais même dans une équipe quand j’étais adolescente. Mais mon problème, je n’ai pas tenu une baguette depuis mes dix-huit ans et quand il est temps de jouer en vrai, c’est mon manque de confiance en moi qui me nuit. C’est quelque chose d’essentiel au billard. Si tu doutes de toi, ta partie est perdue d’avance. On en était à la 8 pour mon mari et il m’en restait une à rentrer quand le buffet fut servi.

C’était la première fois de sa vie que mon mari s’assoyait à une table où de l’alcool était servi. Il faut dire qu’il s’en est fait proposer toute la soirée. J’ai pu en être témoin quand entre autre ma belle-soeur, Sara (l’épouse du fils du conjoint de ma mère, d’origine libanaise chrétienne) (une magnifique femme je dois l’ajouter) a proposé à mon mari de goûter au vin, ce qu’il a bien entendu décliné mais j’ai aimé la manière respectueuse dont le tout s’est passé de part et d’autre.

Parlant de respect… Le doyen de la famille, âgé de 78 ans, l’une des maintes fois où il m’a prise dans ses bras m’a glissé à l’oreille que j’avais un beau visage. Du tac au tac je l’ai remercié en lui disant que je le gardais pour ceux que j’aime, ce qui l’a fait éclater de rire. Ce qui est positif car, s’il a toujours été respectueux face à moi, ma mère l’a déjà entendu, ainsi que son épouse, passer des remarques sur le niqab, sans parler des partages que cette dernière sur son mur Facebook… bref, malgré leur opinion sur le sujet, on m’a toujours respectée. Ils n’aiment pas le voile mais m’aiment moi. Et je crois que nous sommes tous capables de faire la part des choses dans tout ça.

Pourtant, quand vint le moment de partir (si je m’étais montrée égoïste nous aurions été les derniers à partir mais j’ai fini par me résoudre à penser à mon mari, timide dans son coin depuis des heures…) et que j’ai fait une dernière tournée de bisous et de câlins, rendue au doyen, il m’a de nouveau prise dans ses bras et j’ai vu une émotion profonde dans ses yeux. On aurait dit qu’il allait pleurer. Et ses mains tremblaient. Il s’est une fois de plus penché à mon oreille et m’a remerciée pour le respect que j’ai montré à la famille en ne portant pas mon niqab au cours de la fête, sauf pour un petit selfie. Je lui ai répondu que c’était naturel et pas du tout une question de respect, nous sommes entre nous, non?

On aurait dit que c’était plus fort que lui, il devait me le dire, mais qu’en même temps il était ému, anxieux à l’idée d’une potentielle réaction de ma part, peut-être. Je ne peux m’empêcher de trouver cela dommage mais en même temps je suis heureuse qu’il ait pris sur lui de m’exprimer son sentiment, ce qui m’a permis de le rassurer un peu. Enfin je crois. Je me dis que justement, c’est en nous parlant que nous nous comprendrons mieux. Une lourdeur de moins sur le cœur.

Voilà. Il est possible que j’édite ce billet, la fatigue me fait tomber mais j’avais envie de vous partager ce moment précieux à mon cœur.

Paix.

One thought on “Journal intime: Compte rendu de mon party de famille

  1. Assalam alaykoum! J’ai beaucoup aimé ce que tu as écrit: bien que le opinions divergent au sujet du voile et du niqab, c’est la personne en-dessous qu’on aime! J’ai hâte que tous comprennent et assimilent ce message!

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