Je hais les serpents

Je hais les serpents. Je les hais autant que j’en ai peur. Et ça remonte à il y a loin. Élevée dans la religion catholique, en grande partie dans un couvent de surcroît, j’ai toujours été entourée de ces statues de la Vierge où on peut voir son pied nu écraser un serpent, représentant Satan.

Cette image a toujours hanté mes pires peurs. Et elle s’est transposée sur les vrais serpents. Non mais c’est vrai, quel animal effrayant, avec ses écailles, sa drôle de langue, sa manière de se mouvoir, tout de cet animal est glauque. Pour vous dire, on a, en grande partie, dû déménager quand j’étais petite à cause d’un voisin qui avait fait l’acquisition d’une de ces bêtes et je faisais des cauchemars chaque nuit, rêvant que l’animal s’était échappé, se cachait tapis sous mon lit, prêt à me mordre, me paralysant grâce à son venin foudroyant puis me dévorant vivante. Ou encore en s’enroulant autour de mon cou et serrant de plus en plus, jusqu’à l’asphyxie. Pour vous dire, j’ai  même cessé de fréquenter un homme quand j’étais jeune adulte lorsque j’ai appris qu’il avait un serpent et aimait le laisser monter sur lui en s’enroulant, je ne pouvais plus m’imaginer le toucher, j’en avais un frisson de dégoût.

J’ai pourtant, au fil du temps, tenté de rationaliser ma peur des serpents mais c’est plus fort que moi. J’ai enchaîné des dizaines d’heures de visionnement de documentaires sur le sujet, je peux même dire que je m’y connais un peu en la matière, les différents modes de reproductions et différences anatomiques selon les types d’espèces. Combien de fois je me suis arrêtée pour les regarder, de loin, à l’animalerie? Je ne saurais dire. Mais la peur est toujours là.

Pour vous dire, je me souviens, en 2002 si je ne fais erreur, je déambulais sur Sainte-Catherine, près de Peel quand, en traversant une rue, j’ai croisé un jeune homme au style pour le moins très original. Vous savez, ces fameuses lunettes qui font penser à des stores horizontaux, toutes en plastique et bloquant la vue, des vêtements flash, son haut avait une espèce de tube vert fluo qui contournait une épaule. Or quand je me suis retrouvée le nez près de cette épaule, j’ai pu voir que le tube était en fait un serpent, vivant, que le type portait comme un accessoire. J’ai hurlé comme une folle.

Pire que ça, même les serpents en plastique. Vous savez, ces reproductions? J’avais douze ans, j’étais avec une cousine et ses amis, et ils m’ont enfermée dans une salle de bain dans le noir, me jetant un faux serpent dessus et tenant la porte, m’empêchant de sortir. J’avais tellement peur.

Une peur irraisonnée et qui m’affecte encore aujourd’hui.

Pourquoi je vous parle de cette peur dont vous ne devez avoir absolument rien à faire?C’est parce que je me demande: Et si j’avais été conditionnée à avoir peur?

Et c’est là qu’en pensant à ma propre peur, j’ai pu faire un amalgame avec l’islamophobie, cette chose que tant nient mais qui englobe autant ceux qui haïssent que ceux qui craignent l’islam et les musulmans.

Je pensais à François Legault, sa loi sur la laïcité à venir. Ou plutôt sur une certaine interprétation de la laïcité car apparemment il en existe plusieurs. En fait non, il n’en existe pas plusieurs, il n’y en a qu’une, la bonne. Mais il existe toujours des gens pour déformer le sens des choses, dans l’espoir de la faire tourner dans une direction qui leur sied. Ce n’est pas la première fois que je tente d’expliquer que la laïcité, ce n’est pas la non religion, c’est la séparation de la religion de l’État, dans l’écriture et l’application de ses lois, pour protéger chaque citoyen dans ses droits individuels, peu importe la direction que prend leur liberté de conscience.

Mais au fond, pourquoi autant de pression sur la laïcité? Plusieurs diront que c’est par mesure de protection. En fait la majorité de ceux qui adhèrent à l’idée de cette loi vous répondront cela. Par mesure de protection. Peut-on en déduire qu’il y ait donc un fond de peur derrière tout cela? Et c’est là que vient en jeu ma peur des serpents, ce qui m’a permis de me mettre dans la peau de ces gens.

Je comprends cette peur de l’inconnu. Je comprends tous les amalgames que l’on puisse faire à propos de cette religion quand on la sort de son contexte, quand on décide que quelques individus représentent la totalité (tous les serpents ne sont pas dangereux, en fait la grosse majorité ne représente aucun danger pour l’espèce humaine, par exemple nos fameuses couleuvres ici, dont on a plusieurs variétés sur le territoire québécois, elles sont totalement inoffensives et pourtant ce sont bel et bien des serpents). Mais un jour il faut mettre fin à cette peur.

Est-ce qu’à cause de ma peur des serpents (dont je suis certaine je ne suis pas la seule au Québec à avoir peur de cet animal) il faudrait instaurer une loi interdisant les serpents? Leur interdisant d’avoir un habitat, leur interdisant de se nourrir?

Car c’est ce que va faire cette loi. Elle va empêcher des gens de gagner dignement leur vie, de payer leur loyer donc d’avoir un toit sur leur tête et du pain sur leur table.

Interdire les serpents et leur sauvegarde juste à cause de ma peur serait irrationnel non?

Eh bien c’est idem pour les êtres humains. Surtout que nous ne sommes pas une espèce différente. Nous sommes tous le même type de créature, nous avons tous le sang chaud et le cœur pointant légèrement vers la gauche. Et nous avons tous un super cerveau nous permettant de raisonner et de communiquer les uns avec les autres grâce au don de la parole.

Bon ok, on ne peut tenter de raisonner avec un serpent. Mais entre nous on peut.

Je vous invite à réfléchir à la question…

Paix.

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